Méthode
Ce que le site juge
Cinq règles, leurs seuils, et pourquoi elles existent.
Le site ne donne pas de conseil et ne prédit rien. Il applique des règles écrites il y a longtemps, publie le calcul qui mène à chaque verdict, et dit quand il ne peut pas juger. Ces pages-là sont la partie intéressante : les voici en entier.
Un verdict n'est donc pas une recommandation d'achat : c'est la réponse d'une règle précise à une question précise, et une société peut la satisfaire tout en perdant de l'argent ensuite. Investir en bourse expose à un risque de perte en capital, et la décision n'appartient qu'à celui qui la prend.
Score de Piotroski
Neuf tests comptables comparent le dernier exercice au précédent : la société va-t-elle mieux ?
Seuil 8 sur 9 pour être « solide »
Joseph Piotroski, professeur de comptabilité, publie en 2000 une étude restée célèbre : parmi les sociétés déjà bon marché, comment distinguer celles qui se redressent de celles qui s'enfoncent ? Sa réponse tient en neuf questions comptables, auxquelles on répond par oui ou par non. Chaque oui vaut un point.
Les neuf tests comparent le dernier exercice clos au précédent, et se répartissent en trois familles.
Rentabilité
- le résultat net est positif ;
- le flux de trésorerie de l'exploitation est positif ;
- la rentabilité des actifs progresse d'un exercice à l'autre ;
- le cash encaissé dépasse le bénéfice comptable — le profit est réel, pas une écriture.
Levier et liquidité
- l'endettement à long terme recule ;
- la capacité à payer les dettes courtes s'améliore ;
- le nombre d'actions n'a pas augmenté — la société ne finance pas sa survie en diluant ses actionnaires.
Efficacité opérationnelle
- la marge brute progresse ;
- les actifs travaillent davantage : le chiffre d'affaires progresse plus vite qu'eux.
Le site ne retient comme « solide » qu'un score de 8 ou 9, et seulement si les neuf tests ont pu être évalués. Une société notée 7 sur 7, faute de deux postes manquants, n'est pas une société notée 8 sur 9 : elle affiche son score partiel, sans étiquette, et n'entre dans aucune liste. Dans le doute, on s'abstient.
Défensif de Graham
Le prix payé pour une société mature : ni les bénéfices ni l'actif net ne doivent être payés trop cher.
Seuil multiplicateur ≤ 22,5
Dans L'Investisseur intelligent, Benjamin Graham distingue deux tempéraments. L'entreprenant passe ses journées à chercher des situations spéciales ; le défensif veut des sociétés solides à un prix raisonnable, et dormir tranquille. À ce dernier, Graham donne deux plafonds : ne pas payer plus de quinze fois les bénéfices, ni plus d'une fois et demie l'actif net comptable.
Puis il assouplit lui-même sa règle : un multiple de bénéfices bas justifie un multiple d'actif plus élevé, et réciproquement. Ce qui compte est leur produit.
multiplicateur = PER × (cours / actif net) ≤ 22,5
Vingt-deux et demi, c'est quinze fois un et demi. Le site écrit le seuil de cette façon, pour que son origine reste lisible.
Deux précautions gouvernent le verdict. Un bénéfice ou des fonds propres négatifs ne passent jamais : deux multiples négatifs donneraient un produit positif, et une société en perte serait déclarée bon marché. Et si Yahoo ne publie pas l'un des deux multiples, le critère est déclaré non évaluable plutôt que refusé.
À la différence des deux autres critères de prix, celui-ci s'applique à toutes les sociétés, banques et assureurs compris : le multiple d'actif net est justement la mesure usuelle du secteur financier.
Analyse Net-Net
La société vaut-elle moins en bourse que ce qu'il resterait après liquidation ? L'anomalie que Graham chassait.
Seuil cours sous ⅔ de l'actif net-net par action
C'est la règle la plus sévère du site, et la plus ancienne. Graham, dans les années 1930, cherchait des sociétés qui valaient en bourse moins que leur valeur de liquidation : si l'on arrêtait tout demain, si l'on vendait les stocks et encaissait les créances, si l'on remboursait la totalité des dettes, il resterait plus que la capitalisation.
actif net-net = actif circulant − total du passif − intérêts minoritaires
Rapporté au nombre d'actions, cela donne la valeur de liquidation d'une action. Graham n'achetait pourtant pas à ce prix : il exigeait une marge de sécurité d'un tiers, contre les erreurs comptables et la fonte du cash.
prix plafond = actif net-net par action × ⅔
Rien dans ce calcul ne tient compte des usines, des marques ni des bénéfices futurs : seulement ce qui se transforme en argent sous un an. C'est ce qui en fait un plancher, et c'est pourquoi une société qui cote sous ce plancher est une anomalie.
Une anomalie devenue rare. Les grandes capitalisations modernes s'endettent à long terme pour financer leur croissance et ne gardent pas des milliards en caisse : leur actif net-net est le plus souvent négatif, ce qui est normal et non anormal. Les Net-Net se cachent dans les micro-capitalisations délaissées, et le site suit toute la cote parisienne pour leur laisser une chance d'apparaître.
Formule de Greenblatt
Deux mesures plutôt qu'un verdict : ce que l'exploitation rapporte face au prix de toute l'affaire, et face au capital qu'elle immobilise.
Seuil aucun — cette règle classe au lieu de trancher
Joel Greenblatt part d'une phrase de Warren Buffett : mieux vaut acheter une entreprise extraordinaire à un prix ordinaire qu'une entreprise ordinaire à un prix extraordinaire. Là où Graham cherche la décote et Piotroski la santé qui s'améliore, Greenblatt cherche le meilleur compromis entre la qualité d'une affaire et son prix.
Il mesure chaque société sur deux axes, tous deux bâtis sur le résultat d'exploitation — ce que l'affaire gagne avant que l'État et les banquiers ne prélèvent leur part, de sorte que deux sociétés se comparent quels que soient leur fiscalité et leur endettement.
rendement = résultat d'exploitation / valeur d'entreprise
La valeur d'entreprise n'est pas la capitalisation boursière : c'est le prix de l'affaire entière — ce que coûtent les actions, plus les dettes qu'il faudra rembourser, moins la trésorerie qu'on trouve en caisse. Une société endettée coûte plus cher que son cours ne le laisse croire ; le PER ne le dit pas, ce rendement si.
rentabilité = résultat d'exploitation / capital employé
Le capital employé est l'argent réellement immobilisé pour faire tourner la boutique : les stocks et les créances clients, moins les dettes d'exploitation, plus les machines et les bâtiments. Ni l'écart d'acquisition ni la trésorerie qui dort n'en font partie — Greenblatt veut savoir ce qu'il faudrait remettre pour refaire l'affaire, non ce que son dernier acheteur l'a payée.
Puis il classe. Toutes les sociétés sont rangées du meilleur au pire sur le rendement, puis sur la rentabilité, et les deux rangs sont additionnés : le plus petit total gagne. Une société ni la moins chère ni la plus rentable, mais correctement les deux, bat celle qui n'excelle que d'un côté. Classer par rangs plutôt que par valeurs a une vertu discrète : une rentabilité aberrante de 20 000 % ne prend qu'une place, elle ne déforme pas l'échelle.
Deux secteurs sont écartés d'office. Une banque n'emploie pas de capital au sens industriel — son bilan est son métier. Une société régulée, eau, gaz ou électricité, voit sa rentabilité fixée par l'État et son endettement imposé par son cycle d'investissement. Leur donner un rang serait donner un rang à une fiction.
Enfin, une règle que le site applique ici plus strictement qu'ailleurs, parce qu'un classement n'a pas de « non » : une donnée manquante qui flatterait interdit le calcul, une donnée manquante qui pénalise vaut zéro. Une dette inconnue abaisserait la valeur d'entreprise et propulserait une société fragile en tête du palmarès : le site refuse alors de mesurer. Une trésorerie inconnue gonfle au contraire le capital employé et abaisse la rentabilité : le site mesure quand même, et la société est pénalisée. Si elle figure au palmarès malgré ce handicap, c'est qu'elle y a doublement sa place.
Le palmarès se lit dans la table des Opportunités, colonne « Rang », à côté des deux mesures qui l'ont produit. Le rang est absolu : calculé chaque nuit sur le marché entier, il ne se recalcule jamais sur la sélection affichée — cocher « éligible PEA » montre les éligibles avec leur rang dans tout le marché, pas un nouveau classement entre elles. La page dit la taille de la population classée et, parce qu'un classement compare des prix entre eux, si ces prix sont bien du même jour : c'est la promesse de la passe nocturne, qui relève tous les cours de l'univers chaque nuit avant que le palmarès soit refait. La fiche d'une société, elle, montre ses deux mesures et jamais son rang — le rang appartient au marché d'un jour, pas à la société.
La case « Palmarès de Greenblatt » de la même page ne juge pas davantage : elle retient les sociétés qui figurent au palmarès et écarte les autres. Une banque ou une exploitation en perte est écartée pour de bon, sans excuse en pied de table — Greenblatt les met de côté à dessein ; seule une société dont il manque une grandeur est comptée parmi les masquées. Croisée avec « Piotroski solide », la case fait ce que la méthode recommande : filtrer d'abord, lire le rang ensuite — et le rang lu est toujours celui du marché entier.
Croisement Graham-Piotroski
Décotée et en progrès : le prix raisonnable de Graham et la santé qui s'améliore de Piotroski, réunis.
Seuil multiplicateur ≤ 22,5 et 8 sur 9
Ce croisement est la thèse même de l'article de Piotroski : appliquer son score à des sociétés déjà bon marché, pour séparer les vraies aubaines des pièges. Une société décotée l'est toujours pour une raison ; toute la question est de savoir si cette raison s'améliore ou s'aggrave.
Le site croise donc les deux critères les plus exigeants qu'il sache évaluer largement : le prix raisonnable de Graham et la santé qui progresse de Piotroski. Une société n'y figure que si elle satisfait les deux, et la liste est classée du multiplicateur le plus bas au plus élevé — le score étant le ticket d'entrée, c'est le prix qui distingue les retenues.
Quand une société est écartée de cette liste, le site nomme le critère fautif : « défensif non évaluable », « piotroski sans objet ». Savoir pourquoi une société manque à l'appel vaut autant que la liste elle-même.
Le tamis
Chaque nuit, le site relit toute sa liste de suivi et juge chaque société. Quatre des cinq règles rendent un verdict : la page Opportunités en fait des cases que l'on coche et que l'on croise, et chacune ne retient qu'un verdict prouvé.
La cinquième, la formule de Greenblatt, ne tranche pas : elle classe. Une société n'y est jamais « retenue » ou « refusée », elle y est 47ᵉ sur 3 900 — et ce rang n'a de sens que rapporté à la population et à la date qui l'ont produit. Son rang figure dans la table des Opportunités, avec la taille de la population classée et la date des cours. Sa case, « Palmarès de Greenblatt », pose une question plus modeste : la société figure-t-elle au palmarès ? Une banque, une société régulée ou une exploitation en perte n'y figure pas, et c'est une réponse, pas un trou dans la donnée : seule une grandeur réellement manquante est confessée en pied de table. Cochée avec « Piotroski solide » et triée par rang, la case donne le croisement de Greenblatt et de Piotroski : les affaires bon marché et bonnes, dont les comptes s'améliorent.
Un verdict se décline en quatre états, et la distinction compte :
- satisfait — la règle est vérifiée, la société entre dans la liste ;
- non satisfait — la règle est vérifiée et la réponse est non. C'est le cas le plus fréquent, et ce n'est pas un défaut : la quasi-totalité des sociétés saines échouent au Net-Net ;
- non évaluable — il manque une donnée. Une nouvelle collecte peut y remédier ; en attendant, la société est écartée et le motif est nommé ;
- sans objet — la règle ne s'applique pas à cette société. Le bilan d'une banque n'a pas d'actif circulant au sens de Graham ; aucune collecte n'y changera rien.
Une société écartée n'est donc jamais confondue avec une société refusée. C'est la règle qui gouverne tout le site : ne jamais dire non faute de savoir.
La fraîcheur
Les données viennent de Yahoo Finance et sont conservées localement. Une collecte tourne chaque nuit sur la liste suivie, puis le site en tire la synthèse que lit la page Opportunités. Rien n'est calculé pendant votre visite, rien n'est demandé à Yahoo : les pages sont donc rapides, et datées.
Cette date est affichée partout — en tête de la page Opportunités, sur chaque ligne, sur chaque fiche. Un verdict rendu sur des comptes anciens le dit. C'est un parti pris : la fraîcheur s'affiche, elle ne se rattrape pas en douce.